VENIR D’AILLEURS – Le regard du nouvel arrivant

Venir d’ailleurs,

afin de s’installer dans notre beau pays,

pour beaucoup, ça signifie vivre dans la peur,

l'impression de s’être trompé de vie.


Surtout aux petites heures du matin,

quand les rêves de la nuit

font place au chagrin,

à l’angoisse et à l’ennui.


Ça signifie aussi réapprendre autrement,

tout ce que nos êtres chers nous avaient appris,

comme renier maman

et plonger dans le vide depuis ;


sans souvenir,

sans repère,

sans même pouvoir offrir,

à la communauté qui nous accueille, le moindre savoir-faire.


Pourquoi? À cause de tous les barrages !


Mœurs et coutumes, vêtements,

nourriture, langage…

Et partout autour, ce foutu jugement…


Le cœur du nouvel arrivant devient de plus en plus lourd,

sa mémoire est en deuil.


Pourtant, un jour,

avant de franchir le seuil

de son futur quelque part,

quelqu’un lui avait fait la promesse

d’un nouveau départ,

sans muselière ni laisse.


Oui, le regard du nouvel arrivant

est embué de larmes.


Dans sa vie d’avant,

il a vécu des drames,

côtoyé la mort,

perdu des proches, des ami.e.s,

subi l’acharnement du sort,

en laissant derrière lui tout ce qu’il avait construit.


Et tout ça, il doit le taire,

parce que certaines personnes lui répliquent à l’occasion que, ici aussi,

c’est la misère

et que de toute façon, ce n’est pas son pays.


Personnellement, je n’ai rien traversé de tel.

J’ai quitté la France,

mais c’est sans bombes, sous un beau ciel

dégagé, que j’y ai passé mon enfance.


En arrivant ici, à quelques détails près,

j’ai rapidement compris, enfin à peu près,

ce que les gens disaient.


Le parler québécois n’est pas si loin du français.


Bien sûr, la transition ne s’est pas faite

tout de suite,

mais je dirai que les conditions étaient quand même faites

pour que ça arrive vite.


Contrairement à celui/celle qui fuit la guerre, je n’ai pas eu à me battre

pour ma sécurité,

ni à abattre

une tonne de préjugés

pour justifier d’exister

et pouvoir m’adapter.


J’ai rencontré d’autres sortes de défis, certes, mais beaucoup moins compliqués.

Sincèrement, je me suis très peu sentie dépaysée.

Par contre, j’y ai souvent réfléchi,

alors je me suis dit

que, peut-être, vous aussi,

vous aviez envie

d’ouvrir les yeux ainsi que votre cœur

à tou.te.s celles et ceux qui,

comme vous, méritent le bonheur,

mais dont, pourtant, les pleurs résonnent chaque nuit

dans la douleur

fracassante du manque d’appui,

et dans la noirceur

du mépris.

 

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Amicalement,

Atlantide Larouche Desrochers

Écrivaine & Analyste de société