LA PAUVRETÉ À MONTRÉAL – Un rien pour un mal

Le public et la presse sollicitent ponctuellement mon expertise,

sans toutefois que je m’éternise,

sur l’étendue et la gravité de la pauvreté à Montréal.

 

Effectivement, en tant que fondatrice et directrice générale

d’un organisme de première nécessité,

j’ai côtoyé, en une dizaine d’années,

des milliers de personnes et de familles démunies.

 

J’en ai aussi fait partie.

 

C’est d’ailleurs pour ça que je me suis autant investie,

afin d’éclairer les esprits.

 

En 2014, ma situation financière étant devenue précaire,

j’ai dû fréquenter des banques alimentaires.

 

Ça signifiait attendre pendant des heures,

tou.te.s ruisselant.e.s de sueur,

généralement nul part pour nous asseoir,

étourdi.e.s par l’ambiance de foire.

 

Puis, chacun.e finissait par parler à quelqu’un

mais, au final, il n’écoutait rien.

‘ Pas le temps,

trop de gens.’

 

Car conditionné à sa vérité, absorbé par sa réalité,

le responsable de ton dossier reproduit inlassablement ce qu’on lui a enseigné :

‘ La charité,

il faut la mériter. ‘

 

Pourtant, c’est rarement de gaîté de cœur

que l’on va quémander un peu de beurre,

de pain,

tôt le matin,

pour nourrir ses enfants le soir.

 

En général, ça fait plutôt broyer du noir.

 

À force d’errer dans des labyrinthes obscurs,

de suivre toutes sortes de procédures,

j’ai donc capitulé.

 

Survivre, oui, mais pas au prix de ma dignité.

J’avais constaté trop de failles,

impliquant des enjeux sociaux de taille,

dont des questions intrusives,

abusives,

dans les formulaires d’inscription,

et un grand manque de cohérence dans la répartition

des vivres

censés nous faire survivre.

 

Un manque flagrant de denrées, également, évidemment,

ainsi que, bien souvent,

l’absence totale de chaleur humaine

versus la détresse humaine.

 

Un système désarmant,

rabaissant, avilissant,

dans lequel je me suis souvent sentie

comme un animal pris,

injustement puni,

incapable de nourrir adéquatement ses petits.

 

J’avais visiblement beaucoup de choses à apprendre,

à découvrir et à comprendre;

à commencer par me taire,

et surtout bien suivre les directives protocolaires.

 

Trouver un appartement assez grand

pour accueillir tous mes enfants

de façon confortable

et à prix abordable ou raisonnable

en plus?

 

L’immobilier à Montréal ressemble à un marché aux puces :

les appartements vont aux premiers ou aux plus offrants,

enquête de crédit en prime qui, pour cause de surendettement,

détruit ta prétendue solvabilité

et t’empêche d’être sélectionné.e.

 

C’est un cercle vicieux,

une offense à Dieu,

ainsi qu’une profonde atteinte aux besoins vitaux

et aux droits fondamentaux.

 

Pour ma part, vivre en logement à coût modique

s’est avéré la solution la plus économique,

et récupérer la nourriture dans les poubelles

nous a permis de nous en sortir sans trop de séquelles.

 

Une fois bien lavée, elle était comestible et santé;

très variée aussi. De quoi nous gâter :

fruits, légumes en abondance…

Il suffisait juste de ‘prendre une chance’

et de plonger dans une benne à ordures

après la fermeture

des magasins.

 

Comme un chien.

 

C’est à cette époque que j’ai définitivement pris conscience

de notre système archaïque et de ses carences.

 

À mes yeux, le principe de la récupération alimentaire

est donc devenu tant élémentaire que prioritaire.

 

Cette fois-ci, impossible de me taire!

Surtout à constater combien nous étions nombreux-ses à vivre de cette manière :

c’est-à-dire récupérer ce qui n’était pas périmé

mais qui avait été honteusement jeté.

 

En tant que citoyenne,

j’ai alors décidé d’agir et de faire de cette cause la mienne.

 

C’est pourquoi, lorsque je me fais interroger

sur l’étendue et la gravité de la pauvreté,

j’ai beaucoup de choses à dire,

oui, mais elles ne vous feront guère plaisir,

car, en réalité, pour comprendre réellement les faits,

il vous faudrait troquer votre complet parfait

contre des vêtements de travail

usés, tout sales,

et vous-même vous immerger

dans un état d’absolue pauvreté.

 

C’est une leçon d’humilité,

d’humanité,

que la vie m’a tant enseignée qu’imposée,

qui a fini par modeler ma personnalité

et que je tenais à vous partager.

 

Qu’est-ce que vous en pensez ?

 

 

///// 

 

Ce texte est gratuit, mais vous pouvez soutenir mes recherches et mon écriture avec un don par Virement Interac à : atlantidelarouche@gmail.com

 

Merci de faire vivre la liberté d’expression !

Et n’hésitez pas à m’écrire si ce sujet vous a touché personnellement, c’est toujours un immense plaisir de vous lire !

 

Amicalement,

Atlantide Larouche Desrochers

Écrivaine & Analyste de société